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Arménie – Etat d’urgence : D'autres chiffres
Publié le : 03-03-2008

2 mars 2008

(traduction Yevrobatsi)

Au moins huit personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors des violents affrontements survenus entre les forces de sécurité et les milliers de manifestants de l’opposition à Erevan, affrontements qui ont pris fin dimanche matin, suite à l’état d’urgence décrété par le président, M.Robert Kotcharian.

La police arménienne a chiffré les victimes d’après des informations reçues du ministère de la Santé. Une déclaration de la police, publiée en début de matinée, n’identifiait aucune des victimes, laissant entendre que toutes étaient des manifestants.

Cinq d’entre elles ont été identifiées par les services du procureur général d’Arménie plus tard dans la journée. Cette institution chargée de faire appliquer la loi a déclaré enquêter sur les circonstances de leur mort, ajoutant que 33 officiers de police et membres des troupes du ministère de l’Intérieur, souffrant de blessures diverses là où manifestait l’opposition, avaient été hospitalisés. Samedi, le ministre de la Santé, M. Harutiun Kushkian, évaluait le nombre total de blessés admis dans les hôpitaux à 230 personnes.

Les affrontements ont pris fin à environ 8 heures du matin heure locale, après que le chef de l’opposition, M. Levon Ter-Petrossian, ait exhorté ses partisans à revenir chez eux, citant l’état d’urgence imposé par M. Kotcharian. « Je ne veux pas de victimes ni d’affrontements entre la police et le peuple innocent. Voilà pourquoi je vous demande de partir », a déclaré M. Ter-Petrossian lors d’un message lu devant plus de 2 000 personnes qui s’étaient barricadées aux abords de la mairie d’Erevan.

Selon l’agence de presse Reuters, la foule s’est en grande partie dirigée à l’extérieur de la place, mais un groupe d’environ 60 personnes a refusé de revenir chez eux et ont incendié des véhicules de la police laissés à l’abandon. Certains ont accusé l’ancien président arménien d’être un traître. Des coups de feu ont ensuite été entendus au centre de la capitale.

« Nous continuerons notre combat politique pour la démocratie et un Etat de droit ! », a déclaré l’équipe de campagne de M. Ter-Petrossian. Selon un officiel, la police anti-émeutes n’a pas attaqué la foule qui se dispersait et n’a arrêté aucun des partisans de l’ancien président qui avaient organisé le rassemblement samedi.

La déclaration de la police n’a fait mention d’aucune arrestation de personnalités. Mais elle précise que les autorités chargées du maintien de l’ordre prennent des mesures pour identifier et arrêter les organisateurs et participants aux « émeutes de masse ».

Un rassemblement spontané avait commencé samedi soir, après que M. Ter-Petrossian ait été place de facto en résidence surveillée, suite à la répression du rassemblement non stop de ses partisans campant sur la place de la Liberté à Erevan. Des milliers de gens y veillaient chaque nuit pour protester contre les résultats officiels de l’élection présidentielle du 19 février, qui ont donné la victoire au premier ministre, M. Serge Sarkissian. M. Ter-Petrossian, principal rival de M. Sarkissian, rejette ces résultats comme frauduleux.

Le dirigeant de l’opposition a appelé ses partisans aux premières heures de la matinée, tandis que des unités de l’armée arménienne, appuyées par des blindés légers et des véhicules blindés anti-émeutes se dirigeaient vers le centre de la capitale pour aider la police anti-émeutes à disperser ses partisans qui occupaient un carrefour majeur aux abords de la mairie d’Erevan et de l’ambassade de France en Arménie. Les troupes ont pris position près de cette zone, après que M. Kotcharian ait déclaré l’état d’urgence samedi en fin de journée. Le président s’est référé aux affrontements violents qui avaient éclaté entre des manifestants et la police anti-émeutes dans l’une des rues conduisant au site de la manifestation vers 21 h 10 heure locale.

« Ils utilisent des armes et nous sommes obligés d’assurer la sécurité de nos concitoyens », a déclaré M. Kotcharian lors d’une conférence de presse dans la nuit. Il a affirmé que les partisans de l’opposition avaient provoqué la violence en tirant des coups de feu et blessant huit officiers de police.

Un correspondant de Radio Free Europe/Radio Liberty, présent sur place, n’a cependant observé aucun manifestant portant des armes et a signalé que les forces de sécurité ont tiré en l’air des balles traçantes pendant plus de 40 minutes, tentant apparemment de faire fuir plus de 10 000 personnes qui s’étaient barricadées. Un témoin oculaire affirme avoir vu deux manifestants se faire abattre sur place.

Galvanisés par leurs chefs, les manifestants ont répondu aux rafales d’armes automatiques aux cris de « Levon ! Levon ! » et « Victoire ! Victoire ! ». C’est alors que Nikol Pashinian, l’un des dirigeants de l’opposition, leur a dit : « Chacun doit rester où il est ! Ne bougez pas ! »
« Chers compatriotes, ils essaient simplement de créer la panique ! Alors, surtout ne paniquez pas ! », déclara Miasnik Malkhassian.

Tandis que MM. Pashinian et Malkhassian s’exprimaient, la police anti-émeute chargea la foule, mais ils furent repoussés et obligés de fuir le lieu par des groupes d’individus munis de barres de fer, de bâtons et qui leur lançaient des pierres. Plusieurs véhicules de police furent incendiés à cette occasion. Certains de ces manifestants en colère se sont mis à piller un supermarché voisin, brûlant des véhicules stationnés aux abords.

Les dirigeants de l’opposition qui avaient organisé le rassemblement ont désavoué et condamné ces actes, les attribuant à des « provocateurs » du gouvernement. « Nous n’avons rien à voir avec ça, a précisé M. Pashinian. Ce sont les autorités elles-mêmes qui déstabilisent la situation ! »

Dans un discours à la nation, M. Kotcharian a déclaré que la violence était la principale raison pour laquelle il avait décrété un état d’urgence de 20 jours. Cette mesure exceptionnelle signifie que tout rassemblement et autre réunion publique seront interdits à Erevan jusqu’au 20 mars. Elle frappe aussi de graves restrictions la liberté de la presse, les médias nationaux n’étant autorisés qu’à publier les communiqués officiels.

Les signalements se contredisent quant au nombre de militants de l’opposition et autres manifestants arrêtés depuis samedi matin. Selon les services du procureur général, 55 personnes ont été placées en arrestation lors des affrontements, tandis que la police affirme avoir arrêté plus de 40 pillards au cours de la nuit.

Or, selon Human Rights Watch, le nombre d’arrestations a certainement dépassé la centaine lors de la seule dispersion du rassemblement sur la place de la Liberté. Cette ONG basée à New York, qui défend les droits de l’homme, a condamné les autorités arméniennes pour avoir fait usage de « force excessive » contre des manifestants pacifiques.

« Le gouvernement arménien devrait d’abstenir de recourir à la violence et préciser qu’il ne tolérera plus le recours excessif à la force par la police, a déclaré Mme Holly Cartner, directrice pour l’Europe et l’Asie Centrale à Human Rights Watch. Une crise politique ne donne pas carte blanche à un gouvernement en matière de réponse aux manifestants ! »

Pour M. Stepan Demirchian, dirigeant de l’opposition et allié de l’ancien président, M. Ter-Petrossian aurait pu prévenir ce bain de sang si les autorités lui avaient permis de quitter son domicile et de s’adresser aux manifestants : « Les choses ne se seraient pas terminées comme ça, si Levon Ter-Petroosian avait été autorisé à rejoindre son peuple ! Les gens se seraient calmés. »

Les autorités prétendaient samedi que M. Ter-Petrossian n’avait pas été placé en résidence surveillée, une mesure non autorisée par la législation arménienne.


Source/Lien : Armenia Liberty



 
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